PRÉLUDES POÉTIQUES#DEBUSSY

JEUDI 6 FÉVRIER 2020
20H45
THÉÂTRE DE PÉZENAS

 

PRÉLUDES POÉTIQUES
#DEBUSSY


INTERPRÉTÉS PAR CYRIL GUILLOTIN – PIANISTE
FRANÇOIS MARTHOURET – COMÉDIEN
MIS EN SCÈNE PAR ANDRÉE BENCHETRIT

Un voyage de mots et de musiques, formant une alchimie poétique, guidant l’auditeur et le spectateur dans des mondes et des dimensions issus de sa propre imagination.
Un voyage donc, sans début ni fin trop marqués ou jalonnés, plus épars et délié, plus impalpable et inorganique, et pourtant ordonné… un voyage laissant l’auditeur dans un sentiment d’éternité, de temps suspendu tourné vers l’immensité de notre dimension intérieure.

« Une œuvre audacieuse qui a révolutionné la musique du XXème siècle, Les Préludes de Debussy pour lesquels je me suis mise à la recherche de textes poétiques… J’ai fouillé dans les influences du compositeur, mais aussi dans les harmonies, les images, les suspensions, les respirations, les parenthèses générées par l’écoute de cette musique riche, aboutie, envoûtante et sensuelle. J’ai intimement donné un titre aux textes ainsi trouvés : Magic Debussy. Je savais bien entendu qu’un immense comédien, un poète-funambule, un équilibriste du jeu et des mots, François Marthouret, interprèterait ces textes pour dire la lumière du monde et de la nature, la rêverie du voyage, la peinture tonique des émotions venues des rythmes, des sons tracés par la magie de Debussy. A l’origine du projet, Cyril Guillotin, grand pianiste, à la sensibilité rare et intense, soucieux de restituer avec élégance l’univers « naturel » des Préludes.
Alors… face à deux talents pareils, dire la chance qui m’est donnée de pouvoir conduire le bateau de l’imaginaire de ces deux poètes et dire surtout la jubilation de me retrouver dans une telle aventure ! J’ai hâte d’entreprendre ce voyage.»

Tarifs 25, 20, 15 et 10 €
Billetterie au 04 67 32 59 23

Photo de Cyril Guillotin @David Mignerat)

Photo de François Marthouret @Gilles Vidal

CRITIQUE

Poésie, musique et théâtre

Ce dimanche 1er septembre 2019 à 16 h, Musique en Dialogue aux Carmélites présentait le dernier concert-lecture de sa saison. La création originale présentée et intitulée « Préludes poétiques # Debussy » s’est imposée comme un objet à la fois musical et littéraire, façonné, imaginé par un trio d’artistes mettant en commun des talents complémentaires. L’attachant pianiste Cyril Guillotin, l’acteur et réalisateur sensible François Marthouret et l’imaginative metteur en scène Andrée Benchetrit ont ainsi porté avec ferveur cette création devant un public charmé et conquis.

L’épine dorsale du spectacle repose sur les douze Préludes du Premier livre du grand Claude Debussy, abordés avec finesse, poésie et profondeur par l’excellent pianiste Cyril Guillotin. Ces douze moments colorés cheminent en compagnie d’une palette de textes puissamment évocateurs de la substance même de la musique, déclamés avec une sérieuse légèreté qui caractérise l’art du dire de François Marthouret. Ce voyage initiatique est habilement mis en lumière, mis en scène, animé par Andrée Benchetrit qui choisit en outre l’ensemble des douze textes. Comme en écho, les notes et les mots s’appellent et se répondent. Des bruits de nature viennent également épicer cet itinéraire. Cris d’oiseaux et d’enfants, vagues déferlantes, échos d’orage, relient par moments les interventions musicales.


De gauche à droite : François Marthouret et Cyril Guillotin, en ouverture
© Classictoulouse

L’accompagnement de chacun des Préludes par un poème prend des formes diverses. Parfois le texte annonce le contenu du Prélude qui suit. Parfois, il lui succède. Et à plusieurs reprises, il s’y superpose. Cette troisième intervention surprend d’abord, puis s’intègre bien dans le déroulement général du parcours poétique. La complicité qui réunit le musicien et l’acteur constitue le ciment de leur association. On peut supposer que les interventions de François Marthouret influent sur le jeu de Cyril Guillotin et réciproquement ! A cet égard, l’entrée en scène des deux artistes donne le ton. L’acteur s’accoude d’abord au clavier du piano et le musicien s’allonge sur le siège du récitant, avant de reprendre chacun sa place.
Le pianiste aborde l’écriture de Debussy avec une palette de couleurs d’une belle richesse. En ce sens, il dépasse l’étiquette d’« impressionniste » qui est souvent accolée au nom du compositeur et n’hésite pas à dissiper la brume qui parfois accompagne à l’excès certaine interprétations. Les deux premiers Préludes, Danseuses de Delphes et Voiles distillent un charme irrésistible qu’accompagnent respectivement Soleil couchant, de Victor Hugo, et Initium, de Paul Verlaine.


Cyril Guillotin et François Marthouret © Musique en Dialogue aux Carmélites-JJ.ADER

Les choix poétiques, que l’on doit à Andrée Benchetrit, s’avèrent particulièrement adaptés aux thèmes des pièces musicales. Ainsi quelles paroles pourraient, mieux que Harmonie du soir de Charles Baudelaire, faire écho à « Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir » ? Arthur Rimbaud, Paul Valéry, Théophile Gautier, mais aussi William Shakespeare et même Bernard de Ventadorn apportent leur pierre à l’édifice.
Cyril Guillotin confère un relief particulier et contrasté aux pièces de caractères opposés. La douce évocation de La fille aux cheveux de lin, succède ainsi à la violence maîtrisée de Ce qu’a vu le vent d’ouest, pièce elle-même précédée de la magie de Des pas sur la neige. Une sorte d’apothéose accompagne l’interprétation impressionnante de La Cathédrale engloutie dont le grand crescendo donne le frisson. Du grand art !


Les deux complices au final © Musique en Dialogue aux Carmélites-JJ.ADER

Quant aux deux derniers Préludes, ils concluent le voyage dans la joie et l’humour. On admire la légèreté suggérée de La danse de Puck et son indispensable écho shakespearien extrait du Songe d’une nuit d’été. Enfin, les deux complices se déchaînent dans l’ultime Minstrels et sa correspondance avec « J’ai une telle joie au cœur » de Ventadorn. Le comédien pousse l’audace jusqu’à s’assoir aux côtés du musicien tout en ajoutant quelques notes à la partition…
Le bonheur complice qui émane de ce duo s’avère communicatif. Au point que le public réclame et obtient un bis inattendu du pianiste, dédié à son compagnon de scène. Le fameux Nocturne n° 20 op. posthume de Chopin, magnifiquement joué, conclut avec panache ce bel après-midi dominical et cette saison qui ne manquera pas d’en appeler une autre…

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 2 septembre 2019